Madame Bâ
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Madame Bâ
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Merci scruinize et flic-flac, |
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" La vérité est dans le chemin vers la vérité. " Chapeau M. Orsenna, qui s’insinue avec sensibilité dans la peau d’une femme africaine. Il le fait presque aussi bien que Calixthe Beyala, qui pourtant a sur lui deux avantages : c’est une femme, et elle est africaine. Mme Bâ m’a fait réfléchir, elle m’a fait pleurer, et elle m’a fait rire. Je note ici quelques passages qui m’ont plu : " Janti-Janti ! Hedanam fa. Récit, récit ! Prête-moi l’oreille. Ainsi les Peuls invoquent les forces qui gardent le trésor général de tous les récits. C’est dans ce trésor que le conteur puise l’histoire qu’il va dire. Après usage, il remet le récit dans le trésor. Mi wat-tii do wonnoo (je remets où c’était). " Et l’appréciation de Mme Bâ d’un match de football : " C’était mon premier match. Et ce que je voyais confirmait mon opinion : le football est un divertissement de manchots fainéants. Deux ou trois joueurs agitent leurs pieds quelques instants, les vingt autres regardent. Puis le ballon s’en va ailleurs. Et le même manège recommence : une majorité de paresseux, les mains sur les hanches, contemplent l’activité frénétique de quelques camarades. Et ainsi de suite, des minutes et des quarts d’heure durant. Devant ce maigre spectacle, l’assemblée mâle s’extasiait. Nouvelle preuve, s’il en était besoin, que les amusements des hommes nous demeureront toujours incompréhensibles. Eux et nous habitons décidément des planètes séparées. Les rares femmes ou filles présentes bâillaient, regardaient leur montre ou, subrepticement, l’entrejambe de leurs compagnons. " Ce livre m’a touché car il m’a rappelé ma brève rencontre avec le Mali. En 1968-69, je louais une minuscule piaule parisienne dans le Quartier latin, 28 rue de la Montagne-Sainte-Geneviève. Un soir, en rentrant chez moi dans le noir, je me heurte dans le couloir à … un Noir. Très grand, très mince, très beau, très chic, il tenait dans une main une serviette en cuir et dans l’autre un papier portant une adresse… Il cherchait quelqu’un dans l’immeuble, mais s’était trompé d’étage. De fil en aiguille, nous sommes devenus copains. Camara habitait à côté au 26, dans un petit appartement avec une smala d’autres Camara encostardés. Ils étaient tous étudiants et venaient tous du même village au Mali. Il m’a montré un autre aspect de Paris, m’emmenant à la mosquée, à la cité universitaire, m’invitant à partager des repas étranges et épicés (des pâtes aux sardines…), il m’a fait goûté ma première mangue, il m’a même montré son gri-gri (ce qui était, apparemment, défendu). Je m’empresse de préciser que nos rapports étaient parfaitement platoniques : il sortait avec une blonde hollandaise très jalouse et moi avec un garçon de café yougoslave. Puis, un jour rue de la Huchette, j’ai rencontré mon futur mari, ma vie s’est basculée et je suis repartie dans une autre direction. Grâce à Orsenna, un petit coin de ma mémoire s’est dépoussiérée. Je reconnais en Camara et ses amis ces hommes " absents " de la ville de Mme Bâ, ceux qui ont quitté leur pays pour chercher la fortune en France. Ce qui me laisse un petit goût de mélancolie. |
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